Edito d’Art mars 2018 : La mort aussi peut être belle…

C’est à l’aube du printemps, au moment où tout s’apprête à renaître que s’impose tout naturellement le thème de la mort. Notre civilisation occidentale a sans doute beaucoup à apprendre d’autres cultures pour aborder cette question plus sereinement. Aujourd’hui, la poursuite effrénée du jeunisme et la recherche de l’immortalité posent question. Cette dernière quête n’est plus un mythe, une métaphore, c’est une réalité. Il suffit pour s’en convaincre de constater les fonds considérables investis - entre autres par Google aux Etats-Unis - dans la recherche axée sur cet objectif. De la cryogénisation, on est passé aujourd’hui au « ‘transhumanisme ». Certains affirment même que l’immortalité sera atteinte en 2045.  Mais laissons là ce sujet.

Dire que la mort fait partie de la vie est une évidence, mais pas une banalité. En prendre mieux conscience est sans doute nécessaire. Ce qui pousse l’individu à se surpasser, à donner le meilleur de lui-même, n’est-ce pas ce besoin de laisser, si possible, une trace positive et durable de son existence? Savoir que la route s’achèvera un jour motive à chercher à rendre le chemin plus beau.

Le sculpteur ucclois Nat Neujean nous a quittés en ce début février. Nos très sincères condoléances à sa famille. Sa présence, son exigence, son humour vigilant nous manqueront. Mais son œuvre est là, forte, à son image, et belle. C’était là le plus important pour cet homme qui a voulu témoigner de ce qui l’avait profondément marqué, la guerre, l’antisémitisme, la shoah, et qui a centré son expression artistique sur l’humain. Nat Neujean aimait aussi les artistes et il sut leur rendre hommage. Beaucoup se souviendront de sa dernière exposition, organisée au CCU en symbiose avec son fils Bertrand Neuman, artiste peintre, et des splendides bustes tels ceux de Jean-Jacques Gaillard, de Paul Delvaux, dont on reconnaissait le regard transparent dans le bronze, ou de Hergé. Et même s’il avait bien raison de souhaiter ne pas être considéré uniquement comme le sculpteur de Tintin et Milou, cette œuvre magnifique, qui accueille tous les visiteurs du CCU, continuera à susciter unanimement plaisir et admiration. Merci pour tout, cher Nat.

Brel n’avait quant à lui que 49 ans lorsqu’il disparut. C’était il y a 40 ans, en 1978.  Il était jeune, certes, mais ici aussi, son œuvre était accomplie. Marquant les générations d’hier, d’aujourd’hui et sans doute de demain. Car la force de sa poésie, ses textes sincères, beaux, justes, si modernes et impertinents soient-ils, sont intemporels et figurent de toute évidence dans le grand répertoire classique de la littérature.  Le 6 mars au CCU, nous aurons le bonheur de le revoir sur scène, sur grand écran, en concert à deux grands moments de sa carrière : au casino de Knokke et 1963, la première fois qu’il chanta Mathilde et à l’Olympia en 1968, lors de son concert d’adieu. Et nous partagerons le cours de sa vie au fil de ses écrits avec sa fille France Brel, qui présentera ce soir-là en avant-première non seulement ces deux films restaurés mais aussi deux recueils des écrits de Brel, dont nombre d’inédits. Une soirée exceptionnelle.

L’assassinat de Kennedy a fait de ce jeune président un mythe. Lui aussi n’avait que 46 ans. La pièce « Kennedy » signée Thierry Debroux le met en scène un an avant son décès et révèle l’homme, son clan, les coulisses de sa vie mais aussi du pouvoir, Hoover, Cuba, les grands dossiers, Marylin… et ce mal qui le ronge. Alain Leempoel, Dominique Rongvaux et Anouchka Vingtier sont excellents. A voir le 8/3.

Dans son « Traité de la mort sublime », se basant sur nombre d’exemples allant de l’antiquité à nos jours, « de Socrate à Bowie », en passant par Epicure, Montaigne, Chateaubriand, Nietzsche, Mishima, et bien d’autres, Daniel Salvatore Schiffer, ce philosophe et excellent communicateur, démontre que la mort peut être belle. Venez donc vous familiariser avec cette idée, cette belle leçon de mort, donc de vie, qu’il développera lors d’un Enlivrons-nous, le 19/3.

Que pensait Françoise Sagan de la mort, elle qui fut gâtée pourrie par ses parents parce qu’ils venaient de perdre un fils, elle qui côtoya et qui frôla la mort si souvent?  Toujours est-il que la mort prématurée de son frère lui valut une sorte de totale impunité qui marqua son caractère. Sagan, née Quoirez, n’a que 18 ans lorsqu’elle publie « Bonjour tristesse », où la mort est bien présente, scandalise et connaît la gloire immédiate. Puis, elle ira de succès en succès, affichant une belle indépendance de parole et de comportement.  Le « charmant petit monstre » n’en fera qu’à sa tête tout au long de sa vie, que, longtemps, elle brûlera gaiement par les deux bouts. Le spectacle « Françoise, par Sagan » vous en apprendra davantage sur cette femme étonnante grâce à la talentueuse Caroline Loeb, qui depuis ses 25 ans navigue avec bonheur entre toutes les facettes de la scène. Ici, elle « est » Sagan, parle comme elle, prononce ses mots…et séduit à son tour. Sur notre scène, le 18/4.

Jacqueline ROUSSEAUX, Présidente du CCU

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